Il y a un geste qui se répète des milliers de fois, dans chaque ville, chaque jour. Un geste tellement automatique qu’il devient invisible pour celui qui le fait : la laisse qui se tend, un coup sec, la phrase — pensée ou prononcée — « Allez, on y va ».
Le chien baisse le museau vers quelque chose qui, pour lui, est riche d’informations. Et nous, nous le tirons.
Et si ce geste cachait plus qu'une impatience ? Derrière ce moment qui peut nous paraitre anodin peut en réalité se trouver une incompréhension sur la nature des chiens, sur ce que signifie vivre avec eux et sur la responsabilité que l’on assume lorsqu’on choisit de le faire.
De propriétaires à compagnons
Chez Almo Nature, nous avons imaginé notre initiative Companion for Life pour le bien-être des chiens et chats autour d’un objectif : faire que les mentalités évoluent pour passer d'une mentalité de possession à celle de responsabilité envers nos compagnons à quatre pattes, tout en respectant leur nature spécifique sans projeter nos désirs et besoins d'humains.
Si la laisse peut aussi être liée à une manière de protéger son animal et est inscrite dans la loi de nombreux pays, on peut s'interroger sur ce qu'elle dit sur notre relation au chien : la laisse répond-t-elle aux besoins du chien ou à nos besoins de "praticité" ? N'est-elle pas aussi le signe que dans nos sociétés on pense encore à l'animal comme à quelqu'un qui nous appartient ?
Dans les faits, la laisse est parfois le substitut de l’éducation, du chien, mais surtout de l’humain.
Apprendre à gérer les situations, à lire le contexte, à rappeler son chien avec compétence et confiance : une fois apprises, ce sont ces compétences qui libèrent humain et chien, et renforce leur lien.
Avec les exceptions nécessaires — circulation intense, zones protégées, situations à forte densité — la laisse n’est selon nous pas une mesure de sécurité, c’est un raccourci qui a un coût élevé. Et celui qui le paie, c’est toujours le chien.
Ce qu’un chien perd en laisse
Les bénéfices des promenades sans laisse pour la santé et le bien-être du chien sont documentés : le pas naturel, la capacité d’interaction sociale et le comportement exploratoire ne sont pleinement soutenus que lorsque l’animal est libre de ses mouvements.
Une étude de l’Université de Duisburg-Essen, basée sur le suivi GPS de chiens en liberté, a montré que les chiens parcourent, lorsqu’ils sont libres, des distances bien supérieures à celles de leurs humains et suivent des schémas d’exploration individuels.
Pourtant, dans la plupart des cas, ils maintiennent spontanément la proximité avec la personne avec laquelle ils marchent, restant souvent à quelques centaines de mètres.
Ils ne fuient pas. Ils explorent et reviennent.
À l’inverse, être en laisse oblige le chien à adapter son rythme à celui du propriétaire, avec des répercussions potentielles sur le système nerveux et musculo-squelettique.
Mais c’est sur le plan cognitif que le dommage est peut-être le plus invisible et le plus profond.
Pour les chiens, le sens fondamental est l’odorat : ils sont dix mille fois plus performants que nous pour détecter les odeurs et construisent leur représentation du monde à partir de ce qu’ils sentent.
Lorsqu’un chien s’arrête sur un coin de trottoir et renifle avec une concentration totale, il ne perd pas de temps : il collecte des informations sur l’état actuel de l’environnement, sur le passé — qui est passé par là, quand, dans quel état émotionnel — et, d’une certaine manière, sur le futur.
Il ne s’agit pas d’un plaisir accessoire, mais d’un véritable besoin cognitif.
Une étude publiée dans Applied Animal Behaviour Science a montré que des chiens engagés dans des activités olfactives quotidiennes pendant deux semaines avaient tendance à interpréter les situations incertaines de manière plus positive que ceux entraînés uniquement avec des exercices d’obéissance traditionnels.
Pratiquer le nosework permet aux chiens d’exprimer un comportement naturel et de devenir plus autonomes : deux facteurs considérés comme centraux pour le bien-être animal.
Le fil rouge qui relie la laisse à la planète
On peut aller plus loin dans la réflexion.
La survie de la planète dépend de sa capacité à être partagée avec les autres formes de vie, c'est quelque chose dont nous sommes intimement convaincus chez Almo Nature - la raison pour laquelle nous reversons 100 % de nos profits pour protéger la biodiversité.
Un chien tiré loin d’une odeur intéressante n’est pas, en apparence, le même problème que la déforestation.
C’est la tendance humaine à organiser le monde autour de son propre rythme, de ce qui est visible et pertinent pour nous.
Nous ne voyons pas les odeurs que le chien est en train de lire, alors nous décidons qu’elles ne comptent pas.
Notre agenda — arriver au café, rentrer à la maison, ne pas salir nos chaussures — est parfois plus important que son temps, sa nature, son monde.
Et si choisir ne pas garder son chien en laisse lorsque c'est possible était finalement une responsabilité ?
C’est le résultat d’un parcours : apprendre à connaître son chien, à le lire, à lui faire confiance et à mériter sa confiance en donnant la sienne.

C’est cesser d’être propriétaire pour devenir, réellement, un compagnon pour lui aussi.