RE Community

Nourrir les gens sans dévorer la planète. Le défi de la régénération de Villa Fortuna

Rédigé par Fondazione Capellino | 8 juin 2026 08:55:23

Dans les collines du Monferrato en Italie, une ferme expérimentale prouve que produire des aliments et protéger la biodiversité ne sont pas des objectifs contradictoires. Mais le chemin est encore long, d'autant qu'il n'y a pas de recette toute faite.

Les collines du Monferrato, dans le Piémont en Italie, ce sont des paysages magnifiques et même un site classé au patrimoine de l'UNESCO. Pourtant, sous cette beauté de carte postale, le sol porte les marques de décennies d'agriculture intensive.

Cette région ne fait pas exception à la règle. Le modèle agricole intensif de la seconde moitié du XXe siècle, né avec la révolution dite verte, montre aujourd'hui toutes ses limites. Le coût se paie en termes d'appauvrissement des terres et de perte de biodiversité, entre autres. Mais les techniques alternatives peinent à s'imposer, souffrant de la concurrence du marché traditionnel.

C'est la raison pour laquelle la Fondation Capellino a choisi d'investir dans le projet Regenerating Villa Fortuna (RVF), une ferme qui va au-delà de l'agriculture biologique, devenant un laboratoire où l'on teste l'hypothèse que l'on peut produire des aliments sans détruire la vie qui les rend possibles. Un travail qui est encore préliminaire et qui n'est pas sans difficultés, mais c'est précisément pour cette raison qu'il est important.

Ne plus dominer la terre

Le modèle agricole de la seconde moitié du XXe siècle a traité la terre comme une surface à dominer : engrais de synthèse, pesticides, monocultures kilométriques. Un système qui multiplie les rendements mais pollue l'air, les nappes phréatiques et conduit à l'extinction locale de centaines d'espèces.

La RVF, en revanche, considère le champ comme un écosystème complexe à restaurer et à protéger, à tel point que, sur les 22 hectares du domaine, seuls 7 sont consacrés à la production, tandis que les 15 autres ont été rendus à la forêt et à la faune, avec une interdiction totale de la chasse et de l'accès humain sur 12 hectares.

Il s'agit d'une agriculture biodiversifiée, une variante de l'agriculture régénérative qui intègre la biodiversité dans le système agricole. Vergers en agroforesterie, vignobles biologiques expérimentaux, sols fertilisés par du compost autoproduit et grâce à du compost autoproduit et à l'action des vers de terre, plutôt qu'à des produits chimiques de synthèse : l'objectif est de produire proprement, en démontrant que la biodiversité n'est pas une invitée indésirable, mais la plus ancienne réserve de fertilité qui existe.

C'est un choix que beaucoup considéreraient comme économiquement irrationnel.

Mais même le modèle agricole dominant ne vit pas dans le vide : depuis des décennies, par exemple, l'agriculture européenne bénéficie d'un soutien public important dans le cadre de la politique agricole commune. C'est précisément parce que ces ressources économiques nous appartiennent à tous que la question qui se pose est la suivante : quelle agriculture voulons-nous soutenir, quel système apporte le plus grand bénéfice collectif en échange de ce soutien économique ?

C'est précisément dans la tentative de fournir une réponse scientifiquement fondée et testée sur le terrain que réside le défi de Régénérer Villa Fortuna.

Est-il possible de nourrir neuf milliards de personnes sans consommer la planète ?

De la rétention d'eau à la vitalité microbienne du sol, de l'équilibre entre prédateurs et parasites à la résistance au changement climatique, le maître mot de RVF est "expérimentation".

Une expérimentation qui - tout en étant consciente de la variabilité du microclimat et du type de sol - aspire à devenir un protocole reproductible, validé scientifiquement, transférable à d'autres contextes.

Une contribution concrète à une question brûlante : est-il possible de nourrir près de neuf milliards de personnes sans consommer la planète qui les accueille ?

La réponse de la Villa Fortuna n'est pas encore définitive. Personne ne peut dire aujourd'hui si un tel modèle peut être appliqué à grande échelle, ni quels compromis sont nécessaires pour y parvenir. Mais c'est précisément ce que le projet tente de tester.

Le moteur du projet : l'économie réintégrative

La Fondazione Capellino n'est pas la première à vouloir expérimenter dans cette direction. Mais le goulot d'étranglement est souvent le capital. Expérimenter coûte cher et rapporte peu (ou pas) en termes économiques. Ici, cependant, le modèle économique qui soutient les activités de l'ensemble de la Fondation vient à la rescousse.

Derrière RVF se cache, une fois de plus, la Reintegration Economy : la Fondazione Capellino, propriétaire à 100% d'Almo Nature, réinvestit intégralement les bénéfices dans sa mission, à savoir la préservation de la biodiversité.