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La biodiversité comme richesse commune : le rôle des communautés locales

Rédigé par Admin | 22 sept. 2026, 00:00:00

Quand nous pensons à une forêt, à un pâturage ou à une montagne, nous avons l’habitude de nous demander à qui ils appartiennent : à un propriétaire privé ou à une collectivité publique. Mais il existe aussi une autre manière de posséder et de gérer un territoire, bien plus ancienne et encore présente dans différentes régions d’Italie.

Les domaines collectifs et les droits d’usage collectif rattachent certains territoires non pas à un propriétaire individuel, mais à une communauté. Les forêts et les pâturages peuvent ainsi être utilisés collectivement et transmis au fil du temps, tout en conservant une vocation liée au territoire et aux personnes qui y vivent. Dans le Piémont, par exemple, les terrains soumis à un droit d’usage collectif présentent des caractéristiques particulières : ce sont des biens liés à la collectivité et ils ne peuvent pas être traités comme de simples propriétés privées.

Dans le territoire de la Val Grande, il ne s’agit pas seulement d’une question juridique. À Caprezzo, le rôle des propriétés collectives dans la gestion des ressources naturelles fait débat depuis plusieurs années, tout comme les possibilités qu’elles offrent de construire des formes de développement et de gestion participatives.

Derrière cette expérience se trouve une question très actuelle : et si la richesse d’un territoire ne résidait pas seulement dans ce que nous pouvons en tirer, mais aussi dans ce que nous sommes capables de préserver et de transmettre ?

POUR CEUX QUI SONT PRESSÉS

  • Un territoire naturel ne produit pas seulement des ressources économiques : il génère aussi de la biodiversité, de l’eau, des connaissances, de la culture, des liens sociaux et un sentiment d’appartenance.

  • De la Val Grande en Italie jusqu’aux territoires des Nations Kaska au Canada, des modèles différents montrent que la conservation peut être plus durable lorsque les personnes qui vivent sur un territoire et le gèrent participent à sa protection.

  • Restaurer la nature signifie donc aussi reconstruire les relations entre écosystèmes, communautés et institutions qui permettent à un territoire de continuer à fonctionner dans le temps.

Un territoire n’est pas seulement une surface

Entre Parc national de la Val Grande et la Réserve naturelle spéciale du Sacro Monte de Ghiffa en Italie, la Fondazione Capellino soutient aujourd’hui un projet visant à rétablir la continuité écologique entre des habitats fragmentés.

Le corridor écologique concerne environ 1 400 hectares, répartis sur les communes de Caprezzo, Cambiasca, Vignone et Arizzano. Les interventions portent sur les pâturages et les terres agricoles marginales, les zones humides favorables aux amphibiens, les cours d’eau, les espèces invasives ainsi que de petits habitats susceptibles de servir de points de passage entre les deux espaces protégés. Les terrains concernés sont publics ou appartiennent à des domaines collectifs de la population locale.

C’est un exemple qui montre que la restauration de la biodiversité ne concerne pas seulement les plantes et les animaux. Car derrière chaque territoire, il y a aussi des formes de propriété, des règles, des administrations, des activités agricoles, des savoirs et des personnes qui doivent décider de l’usage qui sera fait de cet espace à l’avenir.

Quand la communauté devient partie prenante de la conservation

À plusieurs milliers de kilomètres de là, dans le nord de la Colombie-Britannique au Canada, le même principe prend une forme encore plus manifeste.

Le territoire des Nations Kaska, le Dena Kayeh, comprend certains des paysages les mieux préservés d’Amérique du Nord. On y trouve Dene K’éh Kusān, un immense territoire de forêts, de montagnes, de rivières et d’habitats abritant notamment des caribous et des grizzlis. Les communautés Kaska cherchent à protéger cet espace grâce à la création d’une aire autochtone protégée et conservée (Indigenous Protected and Conserved Area).

En 2026, Yellowstone to Yukon et les représentants de l’ensemble des Nations Kaska ont franchi une étape importante : ils ont signé un protocole d’entente établissant une vision commune de la conservation et de la protection du Dena Kayeh, et visant à soutenir la démarche en faveur de la protection de Dene K’éh Kusān.

Selon Yellowstone to Yukon, il s’agit du premier partenariat général de ce type conclu entre les Nations Kaska et une organisation environnementale. Il est le fruit de plusieurs décennies de construction de la confiance et des relations. Il repose sur une gouvernance partagée, des valeurs communes et la reconnaissance du rôle des communautés dans les décisions concernant leurs terres et leurs eaux.

L’enjeu n’est pas simplement d’associer les populations locales à un projet de conservation déjà décidé ailleurs. Il s’agit de reconnaître que la relation entre une communauté et son territoire peut elle-même constituer une composante de la capacité à le préserver.

Cette perspective change également le sens du mot « richesse ».

Une forêt a évidemment une valeur pour le bois qu’elle peut produire. Un pâturage peut avoir une valeur agricole. Un territoire peut générer du tourisme et des activités économiques. Mais sa richesse comprend aussi la fertilité des sols, l’eau, les espèces qu’il abrite, les connaissances accumulées par ceux qui y vivent, les relations sociales qu’il favorise et la possibilité de transmettre tout cela aux générations futures.

Séparer ces différentes dimensions, c’est risquer de ne voir qu’une partie de la valeur d’un territoire. Les rapprocher, c’est ramener les décisions, les responsabilités et leurs conséquences à l’échelle du territoire où elles deviennent réellement visibles.

C’est pourquoi restaurer une forêt, un pâturage ou un corridor écologique ne signifie pas seulement réparer un écosystème dégradé.

Cela signifie aussi reconstruire les relations qui permettent à ce système de continuer à exister : entre différents habitats, entre les activités humaines et les processus naturels, entre les institutions et le territoire, entre les individus et les communautés.

La Val Grande en Italie et le Dena Kayeh au Canada sont des territoires profondément différents. Mais ils posent la même question : qui prendra soin de ce que nous décidons aujourd’hui de protéger ?

La protection d’un territoire peut naître d’une loi ou d’un projet. Pour devenir durable, elle doit toutefois s’inscrire dans les relations qui font tenir un territoire ensemble.

En ce sens, restaurer la nature signifie aussi restaurer la capacité d’une société à reconnaître, préserver et régénérer sa richesse commune.